Journaliste pigiste : quels sont nos droits?

 

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L'association de journalistes pigistes Presse-Papiers a convié Françoise Vlaemÿnck, journaliste pigiste depuis 1994, pour un échange autour des droits des pigistes. En voici les grandes lignes et pistes de réflexion.

 

Pigiste = Salarié

Un journaliste pigiste est salarié, rémunéré à la pige, le plus souvent au feuillet (1500 signes), dans une entreprise de presse. Il y a des pigistes occasionnels ou réguliers. La régularité, cela peut signifier « collaborer » tous les mois avec ce média pour une petite pige ou lui vendre quatre fois par an un gros volume... Il y a une « présomption » de contrat à durée indéterminée dès qu’il y a cette régularité. Mais cela ne va pas de soi ! Il faut parfois aller jusqu'aux prud'hommes pour le faire reconnaître.

De plus en plus, la régularité est prise en considération devant des instances juridiques pour cette présomption de CDI. Si vous faites une proposition et qu'il y a un « bon de commande » (en général un mail dans lequel le média en question vous « commande » officiellement cette pige), cela prouve une subordination légale.

La loi des pigistes

Le fait de se battre pour ses droits de pigiste devant la justice (ce qui était rare il y a quelques années mais devient de plus en plus courant) génère de plus en plus de jurisprudence. Cela « charpente » le droit des pigistes qui était auparavant uniquement fondé sur la LOI CRESSARD (1976). Elle reconnaît les mêmes droits aux salariés pigistes et « en pied » (dans les murs de l'entreprise). Mais cela reste souvent de l’ordre de la théorie, alors que le statut de salarié permet d’accéder à de nombreux « avantages » : indemnisations chômage, formation, reconnaissance de l'ancienneté, congés maternité, congés maladie, 13e mois...

Certains médias seraient plus enclins à passer par des agences plutôt que de payer des journalistes en pige, donc comme salarié.

Dans tous les cas, les pigistes sont de plus en plus la variable d'ajustement dans une entreprise de presse. Il y a du boulot, on vous engage, il n'y en a pas, tant pis.

En cas de plan de « sauvegarde de l’emploi » dans une entreprise, les pigistes n'ont pas à en être exclus ! Ils doivent être tenus au courant et pouvoir s'exprimer. D'où l'importance de savoir que comme dans toute autre entreprise, une entreprise de presse dispose d'un ou de plusieurs délégués du personnel. Certains entreprises de presse ont un représentant des pigistes.

Abattement forfaitaire de 30 %

Certaines entreprises pratiquent l’abattement de 30 % des charges sociales AUTOMATIQUEMENT. Cela n'est plus obligatoire. C'est bien sûr plus avantageux d’avoir un salaire net légèrement plus élevé, mais cela signifie aussi que l’on cotise moins pour nos droits à la retraite/au chômage/congés maladie… Cela arrange les employeurs qui ne payent que 70 % des charges patronales. Vous pouvez demander de cotiser à 100 %. Les employeurs doivent poser la question chaque année. Réagissez lors de votre première paie si l'abattement a été fait de manière automatique.

Pourquoi être payé en salaire ?

Être payé en salaire en tant que journaliste, c'est la possibilité de bénéficier des droits définis dans la convention collective des journalistes (à lire absolument).

A quoi sert la carte de presse ?

- Pour faire valoir la convention collective plus facilement

- Faire valoir son ancienneté (5 % du salaire en plus pour 5 années de détention de la carte)

- C'est une reconnaissance dans la profession

- justifier plus facilement de l’abattement fiscal sur les 7600 premiers euros imposables, même si la carte n’est officiellement pas obligatoire pour en bénéficier (c'est un avantage historique qui n'a plus de raison d'être pour certains...)

- musées gratuits !

- dans certaines entreprises, on est payé moins si on n’a pas la carte (Radio France notamment)

- dans des événements officiels, cela permet d'entrer sans devoir expliquer que l'on est pigiste, pour simplement aller écouter…

- ouverture des droits à la formation

MAIS ELLE NE SIGNIFIE PAS QUE VOUS ETES UN BON JOURNALISTE… Elle prouve simplement que votre activité principale rétribuée est le journalisme. Elle n'est pas obligatoire pour exercer.

Comment l'obtenir ?

Conditions de base : http://www.ccijp.net/article-10-conditions-d-attribution-de-la-carte-professionnelle.html

Il y a une période de 2 ans de « stage » (journaliste stagiaire). Si on a fait une école reconnue par la profession, la période est ramenée à 1 an. A quoi sert ce statut de stagiaire? Grande question…

L'école reconnue par la profession peut aussi permettre de passer plus vite des échelons dans certaines entreprises.

Il n'est pas possible d'être fonctionnaire et journaliste.

> N'hésitez pas à contacter la commission de la carte de presse, qui dispose d'une équipe qui répondra à toutes vos questions (assez vite) : 01 40 36 17 17

Attention : un correspondant de presse locale n'est pas reconnu comme journaliste… Les correspondants arrangent bien certaines rédactions qui leur font remplir une grande partie de leurs pages (comme la Provence…) à moindre frais et sans avoir à assumer les cotisations et autres obligations salariales.

Attention aux sites internet… qui ne payent pas, ou peu !

Il y a une confusion des genres : journaliste ? créateur de contenu rédactionnel ?… tout travail – de journaliste - mérite SALAIRE, et non facture, droit d'auteurs, …

Après une pige, quand est-on payé ?

On est en général payé « à parution ».

Si le paiement tarde, et que l’on n’arrive pas à se faire entendre de la personne avec laquelle on est en contact au sein de la rédaction (ou du service administratif), ne pas hésiter, là aussi, à se rapprocher des délégués du personnel.

Un pigiste est-il intermittent ?

Non ! Les « heures » d’intermittences ne sont d’ailleurs pas comptabilisées pour la carte de presse. Cependant, pour la télé, un site web ou la radio, il arrive que l’on vous propose d’être payé en intermittent, si ce n'est pas une entreprise de presse qui engage.

Quelques clés pour réussir…

Se spécialiser sur un ou deux sujets. C'est une des manières de bien vivre ce métier !

Ne pas négliger la presse professionnelle, les publications spécialisées...

Si vous sortez de l'école, créez des collectifs, même informels, pour mettre en commun vos contacts, faciliter les relectures, les partenariats… bref vous entraider !

 

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