J’accueille un réfugié chez moi …

15874711_1330251523711913_2708641663743410075_oXavier et Stéphanie Lenhardt ont ouvert leurs portes à des réfugiés venus du Pakistan, du Kosovo ou de Centrafrique. Un accueil solidaire qui s’organise au sein d’un réseau de familles bénévoles. Reportage chez eux, à Aubagne.

Publié dans Sans Transition ! – Par Margaïd Quioc

Depuis dix jours, Xavier et Stéphanie mettent un troisième couvert sur la table du dîner. Ils accueillent Barry, un guinéen de 23 ans, demandeur d’asile. Au menu ce soir, sauté de veau et pommes de terre. « Ce qui est intéressant dans cet accueil chez nous, c’est que ça lui permet de découvrir comment vit une famille française » commente Xavier. Pas encore tout à fait accoutumé aux habitudes culinaires de ses hôtes, Barry fait l’impasse sur le fromage avant de débarrasser la table. « C’est mon travail ici. »

Cela fait maintenant plus de deux ans que les Lehnardt accueillent régulièrement des réfugiés chez eux. « C’est insupportable de voir tous ces gens se noyer en méditerranée » lâche Xavier, que ses études en océanographie ont rendu particulièrement sensible au drame qui se joue au large des côtes africaines. Comme ils ne sont pas du genre à se lamenter sur la marche du monde sans rien faire, le couple a rejoint l’association Welcome, créée par le Jesuit refugee service (JRS), qui met en contact demandeurs d’asile et familles d’accueil.

Barry est le cinquième à être hébergé dans leur maison d’Aubagne (13). « Nos enfants sont partis, on a donc deux chambres de libres », précise Stéphanie. « On habite dans un pays dont la richesse s’est créée en partie grâce aux échanges avec des pays pauvres. On peut bien partager. » Xavier, lui, met en avant sa foi chrétienne. « Accueillir, c’est une valeur pour moi ».

« J’ai cru mourir »

Pour Barry, c’est une chance inespérée après 4 ans de galères. Victime de menaces dans son pays, il a d’abord traversé l’Afrique jusqu’au Maroc, où il a vécu plusieurs années dans un abri de fortune, payé 7 euros par jour pour travailler sur des chantiers. Il finit par économiser les 3 000 euros pour embarquer sur un cannot pneumatique, direction l’Espagne. « On n’avait pas de GPS et pas assez d’escence. J’ai cru mourir. » Heureusement, un bateau espagnol vient à leur secours. Barry passe un mois en centre de détention avant de rejoindre la France, il l’espère sa destination finale. Sa demande d’asile enregistrée en juin dernier, il n’y avait pas de place pour lui en centre d’accueil, comme le prévoit le droit français. Il a passé l’été dans la rue à Marseille, avant d’être dirigé chez Stéphanie et Xavier par le réseau Welcome. « J’ai retrouvé mon bonheur, se félicite Barry. On mange ensemble, on parle… Je me sens comme chez moi. »

Les réseaux de familles d’accueil comme Welcome viennent en partie combler un manque de place dans les CADA, centres d’hébergements pour demandeurs d’asile. Selon les chiffres du ministère de l’intérieur, le nombre de demandes a augmenté de 25% entre 2014 et 2015. Face à cette affluence de réfugiés, seuls les plus vulnérables, généralement les familles avec enfants, sont hébergés.

Une charte et un cadre associatif

En 2015, ce sont ainsi 266 personnes qui ont bénéficié de l’accueil dans le réseau Welcome. En situation régulière, elles ne restent jamais plus de 6 semaines dans le même foyer. « On peut par exemple choisir d’accueillir un mois dans l’année » précise Stéphanie. Après son séjour à Aubagne, Barry sera dirigé vers une autre famille du réseau, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’Ofpra statue sur sa demande d’asile. Cela fait partie des règles énoncées dans la charte signée par le couple et le jeune demandeur d’asile. « Le cadre associatif rend l’accueil facile » estime Stéphanie. Le couple doit veiller à respecter l’intimité des personnes qu’ils accueillent. « On ne leur demande pas non plus de nous raconter leur parcours s’ils ne le souhaitent pas. » précise Xavier. De son côté, Barry s’engage à rester actif dans ses démarches administratives.

Les premiers jours, Barry passait ses journées à Marseille pendant la journée de travail de ses hôtes. « Mais la confiance s’est vite installée, au bout d’une semaine, il avait ses propres clefs » précise Stéphanie. Le jeune guinéen se démène pour rester actif. « J’ai besoin de m’occuper pour ne pas trop penser. » Son statut ne lui permet ni de travailler ni de se former à la mécanique ou à la plomberie comme il le souhaiterait. Il va donc régulièrement travailler la terre dans un jardin collectif associatif à Aubagne.

Sa famille d’accueil lui permet aussi d’avoir une vie sociale. Barry connaît déjà tous les voisins et a partagé de beaux moments avec ses hôtes. Randonner dans le massif de la Sainte-Beaume, encourager Xavier lors d’une course à pied… « Et tu te rappelles ? Mercredi on est invités à manger la raclette chez des amis. » lance Xavier. L’accueil, tout un réseau.

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