Le climat du Nord au Sud

FORUM SOCIAL MONDIAL. Le FSM, rendez-vous des altermondialistes du monde
entier, a permis de mettre l’accent sur les enjeux climatiques.

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Lors du Forum social mondial, le climat était au centre de plus de 80 ateliers. « On a récemment pris conscience que le changement climatique et la solidarité internationale étaient indéniablement liés », explique Pascale Quivy, déléguée générale du CRID, centre français de recherche et d’information pour le développement, qui a mis en place la « Coalition Climat 21 », il y a un an. La coalition française et ses partenaires internationaux veulent éviter un échec comparable à celui de la conférence de Copenhague en 2009. C’est pourquoi 200 organisations se sont accordées sur une stratégie commune visant à faire pression sur les négociations de la COP21. Prochain rendez-vous en mai à travers la France avec les « 1000 initiatives par le climat » contre le modèle énergétique injuste.

Lors de la dernière assemblée sur le Climat du forum, Justine Rousseau, coordinatrice de la Coalition Climat 21, a appelé les participants à rejoindre des groupes de travail mensuels. Au sein de ceux-ci, des organisations environnementales, de défense des droits humains, de droit des femmes, des syndicats mais aussi des groupes de foi français et internationaux. « La fédération luthérienne mondiale est très active dans la coalition, tout comme le conseil œcuménique des Églises qui coordonnera les pèlerinages de la justice climatique qui convergeront à Paris lors du sommet. » 

Pour Nicolas Haeringer du mouvement écologiste international 350.org, bien qu’à Paris, la mobilisation sera surtout européenne, il est important que les voix du Sud soient entendues. « Le Forum de Tunis a permis de travailler avec les têtes de réseaux solidaires internationaux. Nous y avons rencontré des acteurs du Sud, notamment du Brésil et des représentants des secteurs miniers. Tous ceux-ci sont différents maillons de la chaine qu’il faut mobiliser pour un retrait des combustibles fossiles.»

La conscience d’une solidarité internationale indispensable à la création d’alternatives prend donc de l’ampleur. Cependant, certains ne se sentent pas – encore – concernés par l’échéance parisienne. Luca Ranieri, responsable plaidoyer de l’ONG italienne COSPE pour l’accès à la terre et à l’eau doute des convergences entre les mouvements de paysans du Sud, d’une part, et les « alter-COP 21 », d’autre part. « Les organisations du Nord ont une vision parfois trop urbaine de la cause climatique. Pour les paysans directement affectés d’Afrique par exemple, le rapport entre leurs problèmes quotidiens et les dispositifs internationaux n’est pas toujours évident. » Au fin fond du Mato Grosso brésilien, la COP 21 paraît également bien lointaine. Le spécialiste des agricultures indigènes du sud de l’Amazonie Paulo César Nunes justifie ce désintérêt : « En Amazonie, on ne dispose pas de beaucoup de canaux de communication et on n’est ni bien informés ni représentés au sein des sommets sur le climat même si cela tend à évoluer…». Malgré cela, Via Campesina, mouvement paysan international de 173 organisations, a rejoint la coalition.

Dans le pays hôte de cette convergence altermondialiste, le tout nouveau collectif Tunisie Climat entend élargir son réseau et passer à l’action. « Les associations ne se mobilisent pas encore autour du climat en Tunisie tant les préoccupations sociales et politiques dominent. Néanmoins, nous comptons sur la préparation de la COP 21 pour avancer sur ce plan. »

Les différents acteurs quittent le Forum social Mondial en sachant déjà que les futurs accords du Bourget seront décevants puisque les sujets qui fâchent ne seront pas abordés, à savoir la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le financement du Fonds vert pour le climat : « Les accords ne seront pas à la hauteur des enjeux, c’est certain. Mais les actions de la société civile vont permettre de vulgariser les négociations internes à la COP 21 grâce à un dialogue avec les membres de la Coalition accrédités pour la COP21», conclue Pascale Quivy.

Lors du forum social mondial de Tunis, les organisations se sont aussi mises d’accord pour « avoir le dernier mot» à Paris le 12 décembre, le dernier jour du sommet, en organisant des actions de désobéissance civile non-violentes. « Tout cela pour montrer que nous sommes debout et capables d’engager la transition des pays en se basant sur les mouvements citoyens», conclut un militant.

SANDRINE LANA depuis Tunis

Publié dans « Réforme« , le 2 avril 2015

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