Les contrôles au faciès ont-il repris ?

Controle de policeMigrant. Arrêté en gare St-Charles vendredi sur contrôle d’identité, un musicien tunisien risque un retour au pays.

 

Depuis le centre de rétention du Canet (14e) où il a passé la nuit d’hier, Amine Jebali s’inquiète. Va-t-il devoir retourner en Tuni- sie ? Repartir dans son pays natal qu’il a quitté il y a près de deux ans en raison des événements qui ont suivi la révolution ? Difficile de l’imaginer. Pour Fanny, sa com- pagne, c’est le choc. « On venait tout juste de réunir les documents nécessaires pour se Pacser, se dé- sole cette dernière. Je n’arrive pas à me projeter…»

Mais patatras. Vendredi, à la gare Saint-Charles, Amine a croi- sé le chemin d’agents de la police aux frontières. Contrôle d’identité inopiné. Le musicien, connu à la Plaine notamment pour son jeu de darkouka, est embarqué. Faute de papiers, il est emmené au poste.

Le constat est vite fait : Amine a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF) en juillet. Direction le centre de ré- tention. « Apparemment, il sera présenté au juge mercredi », ajoute Fanny. D’ici là, l’imagination va bon train. Les événements revien- nent en boucle dans sa tête.

Une « tête d’arabe »

Comment son conjoint s’est-il retrouvé au poste de police ? A cause de sa « tête d’arabe », s’in- terroge-t-il. Impossible à prouver. Toujours est-il que Jean-pierre Cavalié, co-délégué régional de la Cimade, observe, ainsi que les mi- grants qu’il accompagne, « une re- crudescence des contrôles d’identité en période préélectorale. Et cela, depuis plusieurs années déjà. » A

ses yeux, « il ne s’agit même pas de faire du chiffre. Il faut que ça se voit. » Certes, il est possible que le procureur de la république ait émis une commission rogatoire autorisant tout contrôle d’iden- tité à la garde Saint-Charles*. « Il existe certains quartiers à Mar- seille où ce type d’autorisations est délivré, commente Françoise Ro- cheteau, co-déléguée régionale de la Cimade. Mais ça ne m’est jamais arrivé quand je suis passée à Saint- Charles, Noailles ou Belsunce. » Pas de quoi rassurer Fanny et Amine qui espèrent, malgré tout, poursuivre leur vie commune ici, en Provence.

Marjolaine Dihl

*Notre rédaction a contacté la préfecture de police à ce sujet. En vain.

 

(Article paru dans La Marseillaise le 22/03/15)

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