L’Hôtel de la Marine en eaux troubles

Hôtel de la marin (photo M.D.)
Hôtel de la marin (photo M.D.)

Biens publics. En plein cœur du quartier d’Euroméditerranée à Marseille, le Département met en vente un îlot d’environ 3300m2. Quel devenir pour ce bâtiment du 19e sieècle ?

 

Niché entre la rue de la République et la Major, l’Hôtel de la Marine a perdu de sa superbe. Disposé en îlot triangulaire, avec cour intérieur, le bâtiment de près de 3300m2 paraît aujourd’hui abandonné. Rue des Phocéens, dans le 2e arrondissement de Marseille, seule l’enseigne sur le fronton de l’immeuble rappelle le passé maritime du lieu. Affiches à moitié collées et arrachées sur certaines façades, portes fermées, vitres grisées par la poussière. Le site est clos. Il est à vendre.
Fin juillet, le conseil départemental, propriétaire de cet édifice référencé dans l’inventaire du patrimoine culturel, a publié un appel à candidatures. Dans le dossier de vente, la collectivité décrit un bien « idéalement situé », dans un « emplacement stratégique (…) au cœur du Panier et de ses célèbres places (..) sans oublier la place de la Major et sa majestueuse cathédrale ». Avant de rappeler que l’îlot fut construit au 19e siècle. Aussi beau soit-il, les élus ont choisi de s’en séparer . « Il s’agit de rationaliser le patrimoine du conseil départemental », explique le service communication.

Du trafic de permis bateau au squat anarco-végétarien

Peut-être s’agit-il, aussi, d’en finir avec la spirale d’ennuis qui tourmente les lieux ? « L’hôtel de la Marine est vendu en l’état – occupé », prévient-on dans le dossier de vente, avant d’évoquer une procédure d’expulsion en cours. « Il y a des gardiens maintenant, raconte Nicole, une riveraine. Parce qu’il y a eu des squatters pendant plus d’un an. Ils étaient presque quatre-vingt. L’endroit était magnifique, mais ils ont tout saccagé… » Loin d’être discrets, ces derniers ont même laissé leur empreinte. Des affiches en témoignent encore : projection de films, invitation à l’autogestion ou encore débat « vegan » (comprendre végétarien)… Signé : La Torpille, un collectif qui, sur internet, revendique des idées anarchistes. Leur « réquisition citoyenne » s’est, semble-t-il achevée en juin.

À se demander si l’équipement public était mieux géré avant. Il y a quelques années, il abritait en effet la Direction régionale des affaires maritimes. « Sur place, les marins passaient leur visite médicale, on enregistrait les navires… On y passait les permis bateau », se souvient Gérard, un ancien du quartier. C’est aussi là qu’a éclaté l’affaire des vrais faux permis de bateau en 2009. Quelque 6000 licences auraient ainsi été délivrées illégalement par l’institution. Mais, visiblement, l’animation d’antan s’est éteinte. Les passants se font rares. La rue Gérald Dru, qui relie le secteur à la rue de la République, est actuellement encombrée par une entreprise de désamiantage. « Cinq ans. Ça fait cinq ans que c’est barré, martèle Nadine, ultime commerçante du secteur, qui peine à faire vivre son snack désormais enclavé. Il y avait une boulangerie, une boucherie, un coiffeur… Ils sont tous partis. »

Qui sera l’acquéreur de feu l’Hôtel de la Marine ? Le Département n’émet que peu de réserve. «Il y aura deux critères principaux : le prix de vente et le projet soutenu, avec une prise en compte de l’emploi. Tout dépendra des offres. » Avec barrage à la spéculation immobilière ?

M.D.

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Chiffres clefs

3 millions d’euros, voilà le prix indicatif demandé par le conseil départemental pour l’Hôtel
de la Marine. Sera retenu le candidat disposant de garanties financières suffisantes.

3314 mètres carré de superficie globale pour cet îlot : 1 802m2 de locaux affectables en espace de travail, 737m2 de locaux divers à usage de stockage et sanitaires, et 775m2 de circulations et escaliers.

27 août, 8 et 24 septembre pour visiter les lieux. Date limite du dépôt des candidatures : 16 octobre 2015 à 17 heures au plus tard. La décision d’attribution interviendra, a priori, au dernier trimestre 2015.

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Cessions immobilières en pagaille

Bradés ou pas ? Les biens immobiliers des collectivités et de l’État sont-ils vendus à leur juste valeur ? Déterminé par France Domaine, le prix indicatif peut parfois défier toute concurrence. Pour le vérifier, il suffit de jeter un œil aux offres de vente qui abondent sur les sites de différents organismes publics. Le conseil départemental n’est pas seul en lice. Certes, il propose une ancienne gendarmerie à Tarascon pour la « modique » somme de 1,2 million d’euros ou un ensemble immobilier de 320m2 à Marseille (13e) pour 880 000 euros. À l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille (AP-HM), on fait aussi dans l’immobilier : un T3 de 47m2 dans le 11e arrondissement de Paris (oui oui, Paris) pour 420 000 euros. Toujours dans ce même quartier parisien, l’institution marseillaise dispose d’un T4 de 71m2, qu’elle met à prix pour 692 000 euros. Qui dit mieux ? Pour sa part, la mairie d’Aix vend des appartements T4 (de 87m2 à 91m2 avec cave) dans le quartier d’Encagnane, à côté du Pasino. Prix de cession : de 223 000 à 232 000 euros. Les offres étaient recevables entre le 28 mai et 30 juin dernier. L’État, quant à lui, n’est pas en reste. Le site internet du Ministère de l’économie et des finances recense les multiples cessions immobilières de l’État sur l’ensemble du territoire national. Dans le département des Bouches-du-Rhône, il en répertorie 58. Du bâtiment technique à l’espace naturel, en passant par les bureaux ou les bâtiments agricoles, les biens proposés sont très divers. Reste à savoir, toutefois, si tous ces biens méritent de sortir de la sphère publique.

M.D

 

Publié dans La Marseillaise, le 8 août 2015.

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