Marseille : des selfies contre les déchets

Un Buzz né sur les réseaux sociaux peut-il nettoyer les rues d’une ville comme Marseille, réputée -entre autres- pour sa saleté ? Edmund Platt et son association Un déchet par jour invitent les marseillais à se prendre en photo ramassant des détritus et à les partager sur Facebook et Instagram… Le selfie peut-il être un remède efficace à la saleté de nos villes ? Article paru dans le Magazine Sans Transition ! Par Margaïd Quioc

IMG_8667L’enthousiasme d’Edmund « Eddy » Platt est communicatif. À peine quelques minutes que nous avons rencontré « l’Anglais qui voulait nettoyer Marseille » et nous voilà enfilant une paire de gants pour ramasser canettes et emballages en plastique qui traînent sur le trottoir. « Tu vas voir, c’est addictif ! », encourage Eddy.

1800 tonnes de déchets sont collectés chaque jour dans l’agglomération Marseillaise… Il faut ajouter à cela une quantité non évaluée qui n’est pas jetée à la poubelle, traîne dans les rues et se retrouve dans la Méditerranée toute proche quand personne ne les ramasse… Sac poubelle à la main, Edmund s’acroupit pour récolter des mégots. Avec sa tchatche et son accent britannique, il  interpelle les passants : « Tu savais que ça pollue 500 litres d’eau ? ». Un groupe de jeunes hommes du quartier s’arrête, amusé. « Ok, on ira voir ta page Facebook ! »

Quand il s’installe sur le Vieux-Port, il y a 5 ans, Edmund, formateur en anglais, est choqué par la saleté des rues. Mais ce n’est qu’à l’été 2015, alors qu’il est en vacances à Leeds, dans son Angleterre natale, qu’il poste un selfie sur Facebook jetant une canette à la poubelle, accompagné du hashtag #1pieceofrubbish. De retour à Marseille, il réitère son geste. Effet boule de neige, les Marseillais se prennent au jeu et postent leurs propres photos.

Buzz à Marseille… et au delà

« À la base, c’est 100% spontané », assure Eddy. Avec deux amis il crée un logo, une page Facebook, et une association pour prolonger le buzz. Le principe est simple : la communauté est invitée à ramasser un déchet puis à défier 5 amis sur les réseaux sociaux de faire de même. Depuis septembre 2015, #1pieceofrubbish , #1dechetparjour en français, revendique 12 000 fans et 32 tonnes de déchets ramassés, à Marseille… et ailleurs en France et à l’étranger.

Alice Boulet, Bruxelloise de 26 ans, relaie des astuces zéro déchet sur son blog, Lili Kus. Elle a connu le mouvement sur Instagram. Depuis, elle ramasse régulièrement des déchets dans la rue. « Les réseaux sociaux jouent un rôle tellement important actuellement que #1pieceofrubbish a plus d’impact qu’une campagne d’affichage. Ca donne envie de faire partie de la communauté, de montrer qu’on s’implique pour des bonnes causes et pas juste pour publier des selfies », explique-t-elle.

Toujours à la recherche du « fun », Eddy n’hésite pas à se mettre en scène dans des vidéos loufoques, se douchant dans la rue pour dénoncer le gaspillage d’eau ou déguisé en Père-Noël, déposant des déchets dans les cheminées marseillaises. Résultat, les opérations de ramassage qu’il organise sur des lieux emblématiques comme Notre-Dame-de-la-Garde ou la Canebière réunissent à chaque fois une petite centaine de personnes.

Une action « apolitique »

Beaucoup plus que la douzaine d’habitants qui s’est réunie ce samedi matin de décembre, pour une opération nettoyage à l’initiative du Comité d’intérêt de quartier Réformés, dans le centre-ville de Marseille. Marion Ouazana, secrétaire du comité, le regrette : « On se demande si les Marseillais aiment leur ville, quand on voit qu’il faut un étranger pour que les gens prennent conscience du problème ». Et elle ajoute « il faut aussi que nos élus trouvent des solutions. »

La politique, voilà bien un terrain où Edmund Platt et son association « positive » et « apolitique » ne veulent pas se risquer. « On n’en a rien à faire de savoir pour qui je vote », élude le britanique. « Toute initiative pour tenter de réduire les déchets est bonne », estime pour sa part Victor Hugo Espinosa, figure de la lutte pour l’environnement à Marseille avec son association Ecoforum et ancien élu divers gauche à la communauté urbaine. « Mais sans pression sur le pouvoir politique, on n’y arrivera jamais. » Pour ce militant, la priorité est de demander aux élus les moyens de trier correctement et de permettre une vraie transparence dans l’attribution des marchés publics de gestion des déchets.

Éduquer les enfants dans les écoles

Edmund Platt se garde bien de titiller la classe politique et n’hésite pas à élaborer des partenariats avec des entreprises marseillaises comme la marque de vêtements Kaporal ou le loueur de voitures électriques Totem Mobi, avec qui il a organisé un rallye de ramassage des déchets en novembre… « On me dit que c’est du green washing … Et alors, on arrête tout ? C’est un bon moyen de faire connaître notre iniative. » #1pieceofrubbish a également eu son apparition dans la série « Plus belle la vie » tournée à Marseille. Mais le buzz ne suffit pas, Eddy en convient « on n’a rien changé, la ville est toujours aussi dégueulasse. »

Après un an d’activisme sur le terrain et les réseaux sociaux, Edmund Platt espère organiser cette année des ateliers de sensibilisation dans les écoles. « Il faut s’adresser aux jeunes, leur montrer que ramasser leurs déchets, c’est cool. » En attendant son  prochain ramassage, fin février, Eddy continue de prêcher . « Si chaque personne qui lit ton article réduit ses déchets, par exemple en arrêtant d’utiliser des pailles en plastique pour boire des sodas, ce sera un pas en avant. » Lecteurs de Sans Transition ! vous voilà mis au défi.

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