« Nous ne sommes pas des hôteliers »

Christine Chambon, présidente du Spes, et Hubert Rathery, trésorier du Spes, lors de la conférence de presse. (Crédit: Marjolaine Dihl)
Christine Chambon, présidente du Spes, et Hubert Rathery, trésorier du Spes, lors de la conférence de presse. (Crédit: Marjolaine Dihl)

Placée en redressement judiciaire, une association emblématique marseillaise, qui accompagne les publics sous main de justice et en grande précarité, espère trouver un repreneur. Faute de financements suffisants, seul un candidat s’est déclaré pour le moment.

Le choc. Dans les Bouches-du-Rhône, la situation du Service provençal d’encouragement et de soutien (Spes) suscite l’émoi du secteur social. Cette association, fondée en 1968 par des magistrats du tribunal de grande instance (TGI) de Marseille pour accompagner des publics sous main de justice et précaires, est en cessation de paiement depuis le mois de juillet. Placée en redressement judiciaire, elle attend les offres de reprise. La date butoir est fixée au 10 décembre.

Une reprise partielle des activités

Pour l’heure, seule une structure parisienne, à savoir l’Association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale (Apcars), s’est positionnée. Or, le projet qu’elle soutient ne prévoit qu’une reprise partielle des activités portées jusqu’à présent par le Spes, en l’occurrence les missions confiées par la justice (enquêtes sociales ou de personnalité, contrôle judiciaire), les accompagnements RSA, le point d’accès au droit et l’hébergement destiné aux hommes majeurs. Resterait ainsi de côté : le second CHRS géré par le Spes lequel accueille 20 jeunes femmes isolées. « Il n’y aurait qu’une partie du personnel qui serait reprise [moins de la moitié sur 63 salariés au total, ndlr]. Les veilleurs de nuit n’y seraient pas alors qu’ils ont un rôle fondamental », commente la présidente du Spes, Christine Chambon. De quoi interpeller la Fnars et l’Uriopss qui ont ensemble convoqué la presse, le 18 novembre, pour médiatiser l’affaire. « Même si le Spes est adhérent à notre fédération, il ne s’agit pas de soutenir une association adhérente mais un projet », prévient Marjolaine Ducrocq, déléguée régionale de la Fnars.

L’Etat déclaré « coupable »

Alors que l’audience devant le tribunal n’aura lieu que le 9 décembre (avec un possible renvoi étant donné la procédure d’appel à repreneurs lancée par le mandataire judiciaire), un coupable est déjà trouvé : la politique budgétaire adoptée par la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), principal financeur du Spes à travers ses deux CHRS. En ligne de mire, un courrier daté du 23 octobre rédigé par le préfet de région Michel Cadot * dans lequel il refuse de payer 23 000 € la place en CHRS. « L’enveloppe départementale CHRS étant en reconduction ou en baisse depuis 2011 et les établissements assujettis à une politique de convergence tarifaire, écrit-il, je ne peux octroyer un tel coût à la place, supérieur de 24 % au coût moyen régional de 15 560 €. »

« L’Etat s’est basé sur rien pour faire ce calcul, à part son enveloppe budgétaire », fulmine Franck Taniféani, administrateur à la Fnars, pointant tout le travail social effectué dans ces lieux. « Il faut financer ces places en fonction des besoins, et non des moyens. » En somme adopter une posture opposée, surtout après la publication du plan de lutte contre la pauvreté qui prônait une tout autre logique « Nous voyons en cela un risque de voir réduire les financements alloués aux dispositifs, ajoute François Debelle, directeur de l’Uriopss – Paca. Et de ce fait, un changement des publics accueillis… »

Hébergement social « en diffus »

Pas question que l’Etat réduise ses enveloppes en fonction de ce genre de considération. « Nous ne sommes pas des hôteliers », poursuit Franck Taniféani. Interrogé par nos soins, Frédéric Lauféron, directeur général de l’Apcars, porte le même discours, jugeant les calculs du préfet, « pour le moment », inatteignables. « Cela fait 30 ans que nous menons ce genre de missions. Nous sommes en capacité de faire un travail social de qualité sur l’accès au droit, l’emploi, la réhabilitation des liens sociaux, ajoute-t-il. Nous sommes presque la réplique du Spes, mis à part pour le RSA. Nous ne nous considérons pas comme des hôteliers… » En revanche, l’intéressé estime que des économies sont possibles. « Il y a 10 ans, nous étions en redressement judiciaire, souligne-t-il. Nous avons su rebondir, en mutualisant nos services avec d’autres structures. » Autre solution « d’économie » : l’hébergement en diffus (en logements éclatés), une option envisagée pour la reprise d’une partie des activités du Spes. Cela nécessite cependant, reconnaît Frédéric Lauféron, « d’effectuer un repérage en amont des publics non éligibles à ce type de solution, car trop fragiles ».

Rien n’est cependant décidé. Tout dépendra de la décision du tribunal et d’éventuels autres repreneurs. En attendant, les personnels et les publics du Spes restent dans l’incertitude, avec une certaine amertume. « L’association est déficitaire depuis des années [autour de 800 000 €], soupire Norbert Sardi, délégué CGT. Il y a eu des problèmes de gestion interne c’est sûr… Mais en plus, l’Etat se retire du social. » Qui dit mieux ?

Marjolaine Dihl

* La préfecture de région n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.

Article paru sur : www.tsa-quotidien.fr

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