ENVIRONNEMENTSagess quand tu nous tiens !Le Ravi, paru le 02/03/2007 Un nouveau pipeline va relier Manosque à Fos-sur-Mer. Ses 130 km de tuyaux cohabiteront avec les espèces protégées, les zones Natura 2000, les vignobles AOC… Et les maires récalcitrants…Circulez ! Y a rien n’a voir ! « Entre Manosque et Rognac, il existe déjà deux lignes d’hydrocarbures liquides et une de gaz éthylique », rappelle Jean Thomas, directeur du projet PSM (Pipeline Sagess Manosque). Aussi ce nouvel oléoduc souterrain, que sa société construit depuis septembre dernier, entre Fos-sur-Mer (13) et Manosque (04), ne fera que compléter le tableau… « Le plus en parallèle possible avec les lignes existantes », assure le représentant de la Sagess (Société anonyme de gestion des stocks de sécurité).
En principe, le pipeline sera achevé en juin. Il franchira 25 communes, trois départements, un millier de propriétés privées, plusieurs dizaines de vignobles AOC, des parcs naturels régionaux. Il bousculera sans doute les habitudes du papillon Proserpine, une espèce protégée, ou celle du criquet de Crau… Mais tout va bien. Les autorisations sont là. Le chantier dispose d’une déclaration d’utilité publique (DUP). Estampillé par des laboratoires de recherche privés locaux (Eco-med) et associatifs (comme le « Conservatoire études des écosystèmes de Provence »), « sous la houlette de la DIREN » note Jean Thomas, le dossier a reçu toutes les permissions nécessaires. Même les dérogations pour traverser les sites Natura 2000 ont trouvé un avis favorable auprès du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) et de Bruxelles. Ces deux instances n’ont pas été trop regardantes sur les quelques 10 hectares empiétés sur la Crau.
A vrai dire, la Sagess bénéficie du soutien des pouvoirs publics depuis sa création en 1988. Elle implante des réserves d’hydrocarbures en métropole, pour faire face à une éventuelle crise pétrolière. Conclusion : son action comme ses tuyaux sont considérés « d’intérêt général » ! Du coup, même chez les amoureux de l’environnement, le pipeline passe souvent sans autre forme de procès. « En matière de transport de matières dangereuses, c’est le moyen le plus sûr », observe Yoann Martin, chargé d’étude au Cypres, le Centre d’information du public pour la prévention des risques industriels. Daniel Moutet, président de « Défense et protection du littoral du golfe de Fos », tire le même constat. La conseillère régionale verte, Annick Delhaye, rompt toutefois avec cet unanimisme. « Cela va coûter 100 millions d’euros (ndlr : en partie sur des financements publics). Si l’Etat les mettait dans la maîtrise de l’énergie, on n’aurait peut-être pas besoin de ce pipeline ! Si on fait sauter ces tuyaux, bonjour les dégâts ! », explique ainsi la vice-présidente du Conseil régional.
Ca fait pschitt !
Des mécontents ? Ils existent mais se sont évaporés… comme pétrole au soleil. De l’aveux de la Sagess, un tiers des propriétaires concernés par le projet PSM ne s’est pas satisfait d’une convention amiable et a entamé une procédure. Au mieux, ils ont obtenu une meilleure indemnisation. Sûrement pas un changement de tracé ! « De toute façon, ils ne pouvaient pas empêcher la déclaration d’utilité publique, s’exclame Jean Thomas. Un seul a attaqué le décret devant le Conseil d’Etat. » Pourtant la servitude que le pipeline impose avait de quoi en déranger quelques uns. Impossible de planter à moins de 5 mètres du tracé et de construire à 16 mètres de là ! Et, de préférence, pas en dur pour laisser l’accès libre en cas d’intervention urgente.
Les vignerons n’ont, semble-t-il, pas demandé leur reste. « Ils ont correctement été indemnisés », assure Maurice Lovisolo, maire de la Tour d’Aigues où se situent le fameux château et ses vignes. « Ce type d’infrastructure provoque une nuisance pour les municipalités. Mais il n’y aucune indemnité en contrepartie, proteste Jackie Gérard, maire de Saint-Cannat. Chez nous, en amont et en aval du pipeline, il y a une zone d’activité, il ne pourra pas y avoir d’autres entreprises au milieu. » Le 1er magistrat de la Tour d’Aigues déplore des surcoûts dus au pipeline. « Si vous voulez faire passer une conduite d’eau potable au même endroit, ça vous coûte plus cher ! Car il faut poser un système démontable, précise ainsi Maurice Lovisolo. Il n’y a que Berre et Manosque qui perçoivent la taxe professionnelle (TP) de la Sagess, car cette taxe n’est liée qu’au bâti. Les autres communes n’ont droit qu’aux inconvénients » ! Suivis par les autres maires du secteur, à part les deux heureux bénéficiaires de la TP de Sagess, Maurice Lovisolo aimerait modifier les textes sur la TP. « Mais c’est le pot de terre contre le pot de fer. On est en Déclaration d’utilité publique », lâche-t-il, blasé.
Non loin de la Tour d’Aigues, ce n’est pas la TP qui préoccupent la élus d’opposition mais un projet de déviation routière compromis selon eux par l’arrivée du pipeline. « Il passera au seul endroit où cette déviation était possible » déplore Roger Pellenc, chef de file du groupe Pertuis Autrement, convaincu quele trafic qui asphyxie quotidiennement le centre-ville l’étranglera encore longtemps… Maisavec ses 130 entrepôts, répartis un partout en France métropolitaine, et tous les oléoducs qui y conduisent, il faut un peu plus que quelques élus en manque de taxe professionnelle et une poignée de mécontents pour déstabiliser la Sagess…
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