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ENVIRONNEMENT

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Participer au nettoyage de la nature

Néosapiens, paru le 01/07/2007


Passer un coup de balai sur une plage ou les alpages, c’est ce que proposent de plus en plus d’associations. Mais pour qu’un jour, nous n’ayons plus à ramasser quoi que ce soit, une prise de conscience individuelle et collective du problème est indispensable.
 
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », nous a démontré le chimiste Antoine Lavoisier. La maxime s’applique à tout, et surtout aux déchets quand ils sont correctement recyclés. Mais s’ils se retrouvent dans la nature, comme c’est le cas pour 80 % des ordures « oubliées » par l’homme, en ville ou en campagne, leur dégradation peut alors durer des siècles. On comprend mieux pourquoi nos plages ressemblent parfois à de vrais dépotoirs. Et comme nous supportons de moins en moins la vue de sites souillés, les bénévoles sont toujours plus nombreux à vouloir retrousser leurs manches pour rendre à la nature sa propreté d’origine - ou du moins s’en approcher.
 
Enfin un calendrier national d’actions sur le web !
Paradoxalement, Greenpeace, WWF, la Fondation Nicolas Hulot ou encore les parcs naturels régionaux organisent peu, voire aucune manifestation du genre. Ces opérations sont souvent l’œuvre de bonnes volontés locales et citoyennes. Des centaines de chantiers de ramassage de déchets sont ainsi organisés chaque année en France, principalement par des associations locales et des communes soucieuses de l’environnement et de leur image. L’information est très disparate et il n’existe pratiquement aucun site d’information qui les recense toutes. Au Conservatoire du littoral, Anne Konitz, chargée de communication, regrette d’ailleurs que « les gardes qui organisent souvent des chantiers de nettoyage nous remontent encore trop peu les dates ». Quant au ministère de l’Ecologie, il soutient les actions de nettoyage lors de deux principales manifestations que sont la Semaine de réduction des déchets en novembre ou une journée nationale de « nettoyage de printemps » des espaces collectifs via les Directions régionales de l’environnement (Diren).
Pour combler ce déficit d’information, Clean Up Days, premier site fédérateur des journées de nettoyages bénévoles, a récemment vu le jour. La plate-forme recense pour l’heure une soixantaine de chantiers dans toute l’Hexagone. « Nous voulions créer un calendrier national qui faisait jusqu’alors défaut en France, explique Paul Morga, responsable de l’association, afin de faciliter le dialogue entre bénévoles et organisateurs pour la meilleure efficacité de quelques trois cents opérations écologiques annuelles. » Avant, il fallait compter sur les annonces printanières et automnales dans les journaux locaux ou sur le bouche-à-oreille. Pour preuve qu’il répond à une demande, le site a déjà enregistré plusieurs centaines de demandes de volontaires en quelques semaines d’existence.
 
Quand les baladeurs sont aussi les pollueurs
Parmi les initiatives les plus emblématiques, il convient de mentionner celle de Surfrider Europe. Cette association créée en 1990 par le triple champion du monde de surf Tom Curren organise chaque printemps Initiatives Océanes, une journée de nettoyage sur les plages françaises et d’autres pays. Des centaines de volontaires ont participé à celle de mars dernier. Parmi les déchets ramassés, on comptabilise 51 % de plastique et 21 % de matériel de pêche. Si certains résultats de campagnes similaires commencent à être positifs, Surfrider ne cache pas cette année son indignation face à la quantité de déchets collectés. En Charente-Maritime, sur cinq kilomètres de plage seulement, le chiffre atteint 5,5 tonnes.
La mer n’est malheureusement pas le seul écosystème entaché. La pollution concerne aussi des lieux de « tourisme vert », comme la montagne ou la campagne. Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais-les-Bains, en Haute-Savoie, est l’un des rares élus à remonter ses manches pour montrer l’exemple. Il organise depuis trois ans, un « Marathon du nettoyage » sur les sentiers acheminant aux cimes du Mont Blanc. « En avril, trois cents personnes ont récolté 150 m³ de détritus, rapporte Jean-Marc Peillex, dont des emballages de barre énergétique, des boîtes de sardine, mais aussi des piolets, des pelles... Le plus dégoûtant reste les excréments humains qui, passé une certaine altitude, gèlent et ne se biodégradent pas. » Tout aussi surprenant et effrayant, l’accumulation d’une couche de 50 centimètres de déchets à l’intérieur des refuges de haute montagne.
 
Les mégots finissent dans nos assiettes
Mais pour que l’action de nettoyage soit pérenne, elle doit s’accompagner d’une campagne de sensibilisation. « Encore trop peu de monde réalise que la nature est fragile », alerte Paul Morga de Clean Up Days. Chaque année, plus d’un million d’oiseaux et 100 000 mammifères sauvages meurent des suites de l’ingestion de débris ou de sacs en plastique. « Et n’oublions pas que les truites qui gobent des mégots emportés par les rivières ou les vaches qui ruminent des bouts de plastique emprisonnés dans les bottes de foin atterrissent dans nos assiettes », signale Jérémie Pichon, de l’association Mountain Riders pour le développement durable des massifs montagneux.
Le mouvement est arrivé en France des Etats-Unis dans les années 1970 en réponse aux pollueurs du dimanche, face au développement du tourisme et en l’absence de sensibilisation suffisante. Depuis trente ans, l’association Progrès et Environnement a permis d’installer des poubelles « Vacances Propres » sur les plages, et communique en même temps comme beaucoup d’autres organisations sur l’importance du « geste de tri » sur les lieux de villégiature. Surfrider Europe organise des stands d’information sur les plages et développe une campagne de communication au travers d’affiches très parlantes, comme celle de sacs en plastique imitant des méduses dérivant entre deux eaux. Quant à Mountain Riders, elle invite des artistes et des champions de surf pour attirer l’attention du public sur la nécessité de ne pas jeter.
 
Si nous abandonnons nos emballages en pleine nature, c’est aussi parce que dans les milieux éloignés des zones urbaines, en montagne, par exemple, conserver avec soi ses déchets s’avère une contrainte. « Une poubelle, c’est lourd, ça pue et c’est salissant », résume Paul Morga. Aussi, pour changer les mentalités, l’alpiniste Arian Lemal a-t-il décidé depuis deux ans de montrer l’exemple sur les plus hauts sommets du monde, en redescendant à dos d’homme ses propres déchets, mais aussi les dizaines de kilos de détritus abandonnés par les expéditions passées. « Notre planète mérite un effort », martèle-t-il. « En haute montagne, je retrouve régulièrement des bouteilles de gaz, des tentes déchirées et des piles pour lampe frontale. » Comme tout peut partir en site d'enfouissement, puisqu’il n'existe pas toujours à l’étranger de système de traitement, l’écologiste ramène toujours avec lui les piles récupérées -  extrêmement nocives pour l’environnement - pour les faire recycler.
La démarche d’Arian fait des émules. Lors de sa dernière expédition, deux alpinistes lui ont épargné deux aller-retour à 6 000 m d’altitude en portant chacun 20 kg. Arian fait aussi de la sensibilisation générale des déchets dans les écoles à partir de son propre documentaire. Pour que la classe comprenne bien, il prend sur son dos un élève d’environ 25 kg. Deux autres élèves font de même, puis Arian explique qu’à eux trois, ils portent le poids de déchets qu’il lui est déjà arrivé de porter pendant six heures du sommet jusqu’à la ville. Les écoliers comprennent le message d’Arian et organisent, suite à ses interventions, des opérations locales de nettoyage. L’alpiniste espère surtout qu’il deviendra naturel pour ces futurs adultes de ne laisser aucune trace polluante de leur passage, dans la nature comme en ville, et qu’ils deviendront à leur tour des nettoyeurs actifs. Car il ne suffit pas de retrousser ses manches à la belle saison, chaque balade est l’occasion de prolonger son engagement.
 
A. H. 
 
Pour en savoir plus
Campagne « Réduisons nos déchets » de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Pour agir, mais aussi comprendre.
www.reduisonsnosdechets.fr
 
Réseau Déchets de la Fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement (FNE). Réhabilitation de sites naturels : une vingtaine d’opérations ont été menées l’an dernier. Dans la partie « junior », le petit hérisson Lulu aide les enfants à diminuer leurs déchets.
 
Pour lire le dossier complet : Néosapiens n°2, juillet-septembre 2007, pp. 86-89.

Andréa Haug

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