Dans le Var, des enfants se reconstruisent dans une maison de la résilience

Prema

Comment aider des enfants victimes de violence au sein de leurs familles à reprendre une vie normale ? Depuis 20 ans, l’association Prema, basée au Pradet dans le Var, accompagne ces enfants sur le chemin de la résilience. Reportage par Margaïd Quioc parue dans le Magazine Sans Transition !

« On va chanter la chanson maintenant ! Silence s’il vous plaît ! » La dizaine d’enfants réuni dans l’atelier de l’association Prema est légèrement dissipé, forçant Estelle Gravrand, styliste et art-thérapeuthe, à légèrement hausser le ton. Alors que Mike* révise consciencieusement les paroles, Kevin amuse sa copine Sarah en imitant un poulet.atelier artistique à prema

Pour un peu, on se croirait dans un centre aéré classique. Mais tous ces enfants ont été placés dans cette maison d’accueil au cœur de la Provence suite à une décision judicaire. « On nous adresse des enfants qui ont connu trop de violence, explique Marie-Anne Chauzain, assistante de direction de l’association. Ce sont des enfants abusés sexuellement, qui ont connu de la grande maltraitance ou ont été témoins de violence conjugale. La plupart sont déscolarisés ou en grande difficulté. »

Les deux maisons de l’association, au Pradet, près de Toulon, accueillent en tout 10 enfants de 3 à 14 ans. L’équipe est supervisée par Michel Delage, psychiatre « Ces enfants ont en eux des « braises de résilience » . Ils ont des ressources, ils ont des capacités, ils ont des compétences à l’état de promesses. Travailler dans l’optique de la résilience c’est donc mettre à la disposition des enfants des ressources externes susceptibles de mobiliser leurs ressources internes et de les amplifier. »

La résilience dans un « bain d’amour »

Ici, la résilience commence en plongeant les enfants « dans un bain d’amour » selon les mots de Roselyne Gravrand, qui a fondé l’association dans sa maison familiale, en 1997. « Ces enfants n’ont connu que l’adversité. On a eu une petite fille, quand elle est arrivée, elle ne savait dire que « ta gueule ! ». Parfois certains se battent. On doit d’abord établir un lien d’attachement avec les adultes. »

Entourés par une équipe de 17 personnes, dont 4 éducateurs, les enfants vivent à temps complet à Prema. Repas en commun, activités artistiques, vacances à la montagne… Une sorte de cellule familiale, « thérapie par le milieu » théorisée par Niels Peter Rygaard, Psychologue dano-américain spécialiste des troubles de l’attachement.

devant la maisonCe cadre permet d’amener les les enfants à s’exprimer. L’un des axes de l’action de Prema, ce sont les « ateliers artistiques à visée thérapeuthique », encadrés par Estelle Gravrand. La fille de la fondatrice, styliste de formation, travaillait déjà ponctuellement avec les enfants de Prema. Jusqu’à s’intéresser à l’éthologie (l’étude de la famille) et à entreprendre, en 2013, des études universitaire, sous la houlette de Michel Delage, à l’université de Toulon. Chaque année, elle met en scène avec les enfants une comédie musicale. Création des costumes, chant, théâtre… Tout est prétexte pour travailler sur leur vécu. « L’expression artistique permet de se prouver à soi même qu’on existe, à laisser monter ses émotions et à les nommer. »

Dans la comédie musicale, chaque enfant chante un texte écrit spécialement pour lui par Estelle, inspiré de son histoire. « Ces mots, peut-être qu’ils ne les comprennent pas complètement aujourd’hui, mais ils sont plantés en eux, ils leur permettent d’évacuer la rage, la colère, la haine. »

Rescolariser les enfants

Julien, 6 ans, arrivé il y a un an, commence tout juste à parler des sévices qu’il a subit. « Quand il est arrivé, il ne savait pas tenir un crayon explique Anne-Marie Chauzin. Sa mère ne s’occupait pas de lui, et personne n’avait remarqué que ce petit garçon avait de gros problèmes de vue ». Lunettes sur le nez, il s’applique à tracer des tuiles sur le toit d’une maison.

En face de lui, Cindy, 9 ans boude et pleurniche. « Je ne sais pas le faire, j’ai pas envie » La consigne : imaginer un paysage autour du prince et de la princesse qu’elle a déjà dessinés. Estelle tente de la raisonner. « Le problème, c’est que je te demande de faire un effort et toi, tu n’en a pas envie… Alors on fait quoi ? » Après quelques minutes de négociation, Cindy s’empare enfin de quelques feutres pour dessiner la mer. Au delà de l’expression et de la création, les ateliers artistiques obligent les enfants à respecter un cadre. « Ca leur sert, pour reprendre une scolarité classique. » estime Estelle Gravrand.

Le but d’un passage à Prema est un retour à une vie normale. Les aînés de la maison, les jumeaux Brice et Harry, 14 ans, sont tous les deux scolarisés dans un collège du secteur. Les autres vont régulièrement à l’école Sainte-Bernadette du Pradet où une classe spéciale est mise à leur disposition. Ils intègrent petit à petit des sections normales en fonction de leurs progrès. « On a parfois des problème, certains enfants peuvent être violents avec les autres élèves, mais il est important qu’ils apprennent à vivre en société. » Des entretiens réguliers permettent également de surveiller leur évolution, en évaluant leur language et leur comportement.

Depuis 2010, date à laquelle l’association a commencé à accueillir à temps plein, tous les enfants ont été rescolarisés et la plupart a pu retourner vivre dans leurs familles, malgré une histoire douloureuse.

Se construire avec un passé traumatisant

Dès que possible, le lien avec les parents est maintenu, par des visites ou des séances de thérapie familiale. Pour accompagnerla maison de prema les enfants vers la résilience, pas question d’escamoter la partie douloureuse de la vie des enfants, mais plutôt de les aider à se construire avec. Si besoin, des parties de leur dossier sont lues aux enfants. « Pour leur rappeler les faits, éviter qu’ils ne se refassent une histoire parallèle, pour excuser leurs parents ou rejetter la faute sur eux même, explique Anne-Marie, il faut qu’ils se contruisent avec la vérité. »

Il est presque midi, et le soleil joue avec les feuilles des arbres dans le jardin. Dans un salon, à l’écart du groupe, deux musiciens sont venus pur faire répéter aux enfants leurs chansons. Accompagné de la guitare, Mike chante son solo écrit pour lui par estelle et qu’il a appris par coeur. « Je veux m’affranchir des doutes et de la haine, pour enfin pouvoir dire je t’aime. »

Margaïd Quioc

*les prénoms des enfants ont été changés

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