Quand l’urbanisme « aseptise » le centre ville marseillais

Un temps squatté, le parking Jules Guesde ferme définitivement en ce mois d’avril. Euroméditerranée, qui récupère le site, y démarre un chantier.

 

LM_2015-04-EUromediterranée Jules GUESDE

Fini les vendeurs à la sauvette sur le parking Jules Guesde ? C’est, sans doute, l’espoir d’Euroméditerranée qui récupère le site aujourd’hui. Comme la délégation de service public confiée à Vinci (pour gérer les 56 places de stationnement) s’achève, l’endroit devrait maintenant intégrer l’opération « Coeur de Zac ». Selon Marseille Provence Métropole (MPM) en charge de ce chantier, le lieu sera, à terme, « transformé en espace public végétalisé ». A cela devraient s’ajouter près de 500 nouvelles places de parking dans les environs. Aussi beau soit-il sur le papier, le projet suscite pourtant la polémique dans le quartier.

Premiers concernés, les usagers de ce petit coin de paradis pour automobilistes désargentés commencent à râler. « Moi, ça m’embête, murmure cet habitué. Il va falloir aller se garer au parking Sainte-Barbe. ça coûte 80 euros par mois si on habite à 500 mètres ». Pas match avec le tarif visiblement pratiqué à Jules Guesde. « C’est marqué 4 euros par jour, ajoute ce riverain. Mais des fois, on peut laisser la voiture un peu plus longtemps sans avoir à payer. »

Après Vinci, le messie ?

Il faut dire que, mise à part la société de sécurité et une pancarte qui affiche le prix, Vinci semble avoir disparu du secteur. La barrière électrique ne fonctionne d’ailleurs plus que manuellement… Un souvenir, peut-être, de l’époque où le prix du parking était réglé de main à la main auprès de kaïds de la zone ? Non loin, sous le regard de plusieurs guetteurs qui restent plantés là, le patron du Bar du soleil se montre serein. « C’est un beau projet, assure Djamel. On attendait ça depuis longtemps. En plus, ils vont enfin enlever ces grillages [qui entourent le parking, ndlr]. ça empêche les gens de venir. » C’est aussi utile aux multiples vendeurs amateurs qui y accrochent leurs friperies…

Rue du bon Pasteur, certains commerçants manifestent quelques doutes. « Pendant les travaux [censés durer de fin avril 2015 à fin 2016, ndlr], ça va être difficile. Mais ce sera mieux après », juge ce vendeur de prêt-à-porter. Pas si sûr pour sa fille, pour qui, « tout ça, c’est politique. C’est pour faire partir les commerçants. » Une suite logique après l’incendie au Marché du soleil il y a quelques années ? Difficile de tirer de telles conclusions.

Toujours est-il que sur un côté de la rue du Bon Pasteur, plusieurs commerçants ont été expropriés. « On est en procès avec Euroméditerranée, peste Katiga. Et on compte pas lâcher l’affaire. A moi, ils m’ont proposé 20 000 euros d’indemnisation, alors que je fais presque 100 000 euros de chiffre d’affaires ! Où est-ce que je vais trouver un fonds de commerce dans le 2e arrondissement à ce prix là ? » Et les ennuis semblent loin d’être finis car, d’après ces différents commerçants, les PV pleuvent dans la rue. « On nous verbalise pour avoir posé nos penderies dehors, explose Katiga. Pendant ce temps, aux vendeurs à la sauvette, on leur dit de circuler. » C’est vrai. Désormais, Jules Guesde n’est plus un parking. Circulez, y a rien à voir !

 

Marjolaine Dihl 

Article paru dans la Marseillaise, le 13 avril 2015.

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