«On ne peut pas parquer des gens comme ça»


La France ayant fermé sa frontière avec l’Italie, près de 600 migrants «en transit» se retrouvent bloqués à Vintimille, côté italien.

Paru dans « La Tribune de Genève » , le 20 octobre 2016, par Sandrine Lana.
Photographie © Sandrine Lana

 «La situation est très préoccupante pour ces migrants, dont beaucoup de très jeunes, qui se font refouler par la France», explique Valter Muscatello, référent du camp d’accueil d’urgence de la Croix-Rouge italienne installé le long de l’autoroute et de la voie de chemin de fer. La semaine passée, une jeune Erythréenne a tenté de rejoindre la France par un tunnel routier et a été fauchée par un camion. «Nous avons essayé de ne pas ébruiter l’histoire dans le camp, avoue Valter Muscatello. Mais la Croix-Rouge a pris en charge les rescapés.» Le danger n’effraie pourtant pas les candidats à l’exil, n’ayant d’autre espoir que de rejoindre la France et l’Europe du Nord.

Ce camp de la Croix-Rouge est composé de préfabriqués installés par la préfecture, pouvant héberger 360 hommes. La population était mardi de 586 personnes, dont environ 15% de mineurs arrivés principalement d’Erythrée et du Soudan. La surpopulation entraîne des problèmes d’hygiène et une centaine d’hommes dorment dehors. «Ça va exploser un jour, explique un jeune libyen. On ne peut pas parquer des gens comme ça. Nous voulons simplement continuer notre route.»

Mineurs en danger

Ceux que nous rencontrons ont entre 16 et 18 ans. Nombre d’entre eux ont passé la journée précédente sur un chemin de randonnée les amenant en France ou le long des voies de chemin de fer. Leurs pieds sont endoloris, certains sont partis en tongs. Près de la permanence médicale du camp, des hommes malades ou blessés attendent des soins. La traversée de la frontière est difficile, «des randonneurs nous dénoncent quand ils nous croisent et la police nous poursuit pour nous ramener en Italie», explique Bangal, 16 ans, parti seul de Côte d’Ivoire.

Caritas, association catholique à Vintimille, regrette cette situation. «Une fois à Menton, la police les remet dans un train. Ce n’est pas légal pour les mineurs. C’est un point qui pourrait être mieux suivi par les associations françaises. Les Etats européens doivent les accueillir et les mettre à l’abri, en respect de la convention internationale des droits de l’enfant», déclare Maurizio Marmo, directeur de Caritas Ventimiglia qui a réquisitionné l’église Sant’Antonio le 31 mai dernier. Caritas y accueille les jeunes femmes seules et les familles.

Près de 140 personnes dorment dans deux dortoirs non mixtes. Dans la cour, des enfants jouent au ballon, des adolescentes se tressent les cheveux tandis que du linge pend sur des grillages. Des bénévoles proposent une aide juridique et informent les personnes en transit des règles en vigueur dans l’Union européenne. «Demain, deux jeunes Erythréens partiront à Rome pour bénéficier du droit à la «relocalisation» prévu par le règlement Dublin… une première», annonce Maurizio Marmo. En septembre dernier, les Etats membres européens se sont en effet mis d’accord pour répartir 160 000 demandeurs d’asile arrivés par la Grèce ou l’Italie sur tout le territoire européen en vue de faire baisser la pression migratoire sur ces deux pays. Aujourd’hui, la mesure est encore très peu appliquée.

Elan citoyen

Le centre d’urgence de la Croix-Rouge et l’église Sant’Antonio accueillent environ 700 migrants tandis que 150 personnes affluent chaque jour à Vintimille depuis le sud. La nuit, les autres migrants en transit trouvent refuge dans des recoins du viaduc routier qui longe la rivière Roya. Pour eux, des citoyens tentent de trouver des solutions dans l’urgence. L’association Roya Citoyenne distribue des repas complets à Vintimille, malgré l’interdiction municipale. Lundi soir, un collectif d’associations a également réquisitionné un ancien bâtiment de la SNCF dans une vallée du Mercantour et y a logé une cinquantaine de mineurs. Les élus politiques ont dénoncé cette action et demandé le démantèlement du site.

En Italie, la Croix-Rouge et Caritas s’accordent pour dire que la solution sera politique. «Le problème doit être résolu au plus vite, plaide Valter Muscatello. L’Italie ne peut pas être la seule à porter ce poids. Il serait juste que ces gens puissent faire leur demande d’asile où ils le souhaitent, cela éviterait des tragédies en mer et sur les routes vers la France. Ces gens ont besoin d’espoir.»

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